21 Nov 2005
À la recherche du tréma perdu: L’histoire complète !
Posté par Pine sous la catégorieWarning: call_user_func_array() [function.call-user-func-array]: First argument is expected to be a valid callback, '_config_wp_home' was given in /home/okthierry/bleuetrouge.org/pine/wp-includes/functions.php on line 1095
Pas catégorisable...
Je cherchais désespérément, scutant à la loupe mon clavier remplis de toutes sortes de lettres. Oui, je pouvais sans difficultés trouver les Ù, les / et les ^. Même avec un effort surhumain, je parvenais de plus à trouver la touche “Enter” et la barre d’espace. Mais le tréma se balladait toujours hors de la vision de mes rétines de yeux bleus qui se trouvent dans les deux orbites de ma face.
Ce fameux tréma.
Je l’imaginais, riant, plaisantant de son accent trémarien, me pointant de son 2e tréma…
” Hahaha !!! Pine qui ne se doute même pas où j’me cache !”
Encore pire, je l’imagine encore, riant une deuxième fois:
“Hahaha”
Mais ce rire dément, cette ironie à mon égard, je n’en peux plus.
Armé de mes dix doigts, je pars au combat.
- Cher tréma, que je m’écrie à tue-tête si fort que je ne m’entend plus moi-même, je te trouverai…et je cesserai enfin d’utiliser le copier-coller ! Et lorsque je te trouverai, je te ferai trémal…
Soudain (oui, toute histoire a un “soudain”, sinon ya pas de suspense), la porte gronda sous l’effet d’un poing qui cogne dessus.
Je tourna la poignée de porte et… Effroi !!!
Barrée.
Je m’étais enfermé dans mon chez-moi.
N’écoutant que mon sang froid et une toune de Dany Bédard ( ça jouait à la radio), je déverrouillâmes la porte.
Ce que je vis alors me gela le liquide pancréatique.

Le liquide pancréatique frigorifié, je dévisagea l’inconnu qui se tenait devant moi. Il était grand comme un être humain normal, avait deux oreilles c’est pareil, deux yeux tant mieux, deux bras ça va, deux fesses qui se connaissent et deux jambes y’m’semble. Pourtant, une anomalie bizarre attirait mon oeil aiguisé de chauve-souris sur lui…
Sur sa main droite, il tenait un colis suspect !
- Heille, ‘man, c’t’icite le 4 rue L’Encre-Tôt, appartement 6 ???, me demanda-t-il d’un ton provoquant.
- Euh, oui…rétorqua-je d’un ton cinglant tel une gifle violente.
Inutile de vous préciser que mes sens alertaient dès lors mon instinct primitif et sauvage du tyrannosaure qui sommeillait en moi. Mon liquide pancréatique, qui était de glace en haut de ce paragraphe devint alors aussi bouillant que la lave dans le volcan de l’Everest. Je devenais une bête assoiffée de coups de poings dans les dents et de coups de genous dans les colonnes vertébrales. Je me voyais, tenant victorieusement sa tête arrachée de son corps mutilé, le sang gisant sur le devant de ma porte…
- Vlà votre pizza.
- Ha !, m’exclamait-je, déçu par la tournure des événements. Merci, mon brave !
Le jeune homme retourna sur ses pas, et j’entendis au loin le vroum-vroum de sa voiture.
Toujours sur le seuil de ma porte, mon coeur hésita longuement avant de reprendre un rythme décent.
Pas de doutes.
Ce tréma introuvable intensifiait mes peurs.
Je pris alors la boîte de pizza du resto “Chez Jaco, la pizza, c’est pas des lolos” et l’ouvrit violemment.
Horreur !!!
C’était une pizza végétarienne ! Moi qui avait commandé une pizza sans viandes !!! Furieux, je garocha la pizza au loin et le mur de ma cuisine se retrouva soudain de couleur rouge, avec des motifs multi-dimensionnés d’olives noires.
Mais, au fond de la boîte, je le vis. Il était là.
Non, pas mon tréma, mais un message.
En lettre de sauce tomate, cet avertissement:
À suivre…

Au fond de la boîte de pizza, je découvris donc ce message:

Je m’interrogea. Mais qui donc osait me menacer de la sorte ? Que signifiait la signification de ce message ? Qui me défiait à ce point, jusqu’à envoyer un message dans une boîte de pizza, végétarienne de surcroît ? Et qui veut la peau de Roger Rabbit ???
Tant de questions sans réponses…
Puis, un éclair de génie saupoudré d’un flash d’intelligence appuya sur la switch “on” de ma brillanteté.
Un indice.
C’était là un indice.
Je pris le message et m’enferma dans mon laboratoire ultra-secret doté d’une sécurité accrue pour les cambrioleurs. En fait, c’était ma chambre où régnait un tel désordre qu’il était presque impossible d’ouvrir la porte. Il fallait absolument décoder ce bout de papier. La tâche s’annonçait ardue.
J’examina ensuite avec soin le message sous toute ses façades:




Rien.
Décidément, cet avertissement en lettres sauce-tomate m’étonnait par sa complexité.
Impatient de découvrir le contenu du message, je pris cette fois les mesures draconiennes pour m’aider à décrypter cette énigme. Et, ma foi, j’avais en effet tout le matériel requis pour ce genre d’opération.
La Bible.
Le Rendez-vous des Poolers.
Faites des crêpes sans oeufs, par Soeur Angèle.
Une photo de Pamela Andersson toute nue.
Le Sélection du Reader’s Digest du mois d’avril 84.
Toujours rien.
Aucuns de ces ouvrages scientifiques et mondialement reconnus ne me donnait une piste sur le contenu du message. L’impasse de mon ignorance aboutissait au cul de sac de mon savoir.
Soudain, (oui, oui, encore un “soudain”…), une révélation troublante et probablement divine me vint à l’esprit. Je compris alors qu’en joignant les lettres une derrière l’autre, je pouvais lire:
À suivre…
Ce message signifiait que je devais suivre quelqu’un ou quelque chose…
Le livreur de pizza diabolique du resto “Chez Jaco, les pizza, c’est pas des lolos” !!!!
Il fallait que je suive ce type !
D’un pas, d’un autre pas et de plusieurs autres pas, je sortis à l’extérieur, espérant que le livreur soit encore tout près, en raison d’une crevaison par exemple, ou bien en raison d’une panne d’essence ou bien qu’il ait échappé ses clés de son coffre à bijoux , ou bien qu’il n’ait plus de sucres pour son café, du sucre que je lui aurais évidemment donné en lui demandant “Un lait ou une crème avec ça ?”…bref, poursuivons…
Mais je sortis trop tard.
Le livreur de pizza démoniaque du resto “Chez Jaco, les pizza, c’est pas des lolos” s’était volatilisé.
Je tenta donc par tout les moyens de retrouver une piste, un indice qui me permettrait de partir à la chasse au livreur fou.
Immédiatement, j’envoya un bulldozer imaginaire me creuser les méninges. Après quelques heures d’excavations et de terrassements cérébrals, je trouva subitement, sur l’asphalte noire et nid-de-poulée de mon stationnement, un signe évident.
Une olive noire.
Du même genre que celles qui ornaient maintenant ma tapisserie de cuisine. Du même genre que celles que l’on cultivent dans les oliviers, ces arbres que l’on retrouve dans le bassin méditerannéen. (Le Petit Larousse Illustré, page 716)
Je fis quelques pas.
Une autre olive.
Pas de doutes.
C’était bel et bien mon livreur satanique et il avait une fuite d’olives. Sans hésiter, je pria mes jambes de continuer à suivre cette trace, tel un Petit Poucet urbain.

Le ciel parcourait bleument le dessus de ma tête. À quelques années-lumières de la Terre, le soleil dardait ses rayons cancéreux de façon subtile sur ma peau. Les nuages flottaient allègrement dans le ciel comme des bouts de Q-Tips sans tiges. En prêtant tout doucement l’oreille aux sons de la nature, j’entendais également les oiseaux, les oiseaux, couak, couak, couak, couak couakcouakcouak. Les moineaux, les moineaux, coui, coui, coui, coui, couicouicoui. Notre ami le grand ours, heu, heu, heu, heu, heuheuheu. C’est la fête dans la forêt verte.
Euh…je m’éloigne de ma quête, moi là…
Donc…
D’olives en olives, je continua ma poursuite. Ma soif d’agressivité était comparable à ma frustration ressentie quand je suis incapable d’ouvrir un pot de confiture… À chaque étape de ma quête ultime, la colère m’affligeait comme une pluie de météorites.
Puis, à ma plus grande surprise, la piste d’olives me mena à une destination vraiment surprenante; contre toute attente, je me trouva devant le restaurant “Chez Jaco, les pizzas, c’est pas des lolos” !
C’était un bâtiment lugubre, entouré d’un halo de mystères. Les portes de l’avant contenaient des hiéroglyphes bizarres que même un érudit comme moi pouvait à peine déchiffrer:
“Acceptons Interac”
“Pousser pour ouvrir”
“Visa, MasterCard, American Express”
Les portes de l’arrière, eux, ne me dérangeaient pas car je ne savais même pas si il y en avait. Sur les bardeaux gris du toit, un moineau menaçant lançait des pépiements douteux. À mes pieds, un escargot rampait lentement, laissant une traînée visqueuse sur son passage. Ces détails absolument inutiles à mon histoire laissaient sans l’ombre d’un doute présager un danger imminent.
Les yeux en état d’alerte, je poussa hardiment les portes de l’établissement et j’entra dans l’antre maudit.
À cet instant, des souvenirs apparurent dans ma tête. Je me rappellais les moments où je pouvais écrire correctement les mots “Noel”, “Moise” et “Aigue”. Jadis, nous vivions une symbiose parfaite, mon tréma et moi. Je me voyais, dansant la salsa, savourant la vie avec mon tréma, courant dans les champs fleuris main dans la main, au ralenti comme dans les films d’amour au cinéma avec une petite musique quetaine en arrière-plan…
Une larme roula, fit une roue latérale et culbuta sur ma joue.
Je vivais peut-être les derniers instants de ma vie.
J’étais à l’intérieur, dans la salle à manger. En face de moi, plusieurs tables circulaires attendaient avec impatience de soutenir des assiettes, des verres et des ustensiles.
Mais comble d’étrangeté, aucun client ne dégustait la délicieuse pizza de Jaco.
Soudain, (oui, un 3e soudain…) le livreur que je cherchais tant apparut devant moi.
Le face-à-face fatidique s’annonçait meurtrier.

Après une recherche minutieuse sur mon clavier, après une rencontre douteuse avec un livreur de pizzas à mon appartement, après une analyse intensive d’un message obscur, après une émission de radio sur Mal de Blog, après cinq phrases avec six après, je sentais enfin une conclusion à cette pénible recherche.
Devant moi, le livreur.
Devant lui, moi.
Poum…poum…poum…poum…
Mon coeur jouait un “beat” digne d’une toune de Joe Dassin. Mes mains, moites et pourvues de cinq doigts, dégageaient une odeur de t’sour de bras.
Fort de mes antécédents en matière d’attaques verbales, je décida de mener une attaque-surprise:
- Ha ! lança-je avec toute l’agressivité qui me caractérisait tant.
- Celui qui l’dit, celui qui l’est, me répondit le livreur.
Je fus terrassé, battu par ce proverbe vexant. Il avait gagné la première manche. Il me fit un sourire de vainqueur mais je trouva illico presto une issue de secours…
- Maintenant, dis-je, battons-nous entre hommes.
Le livreur me regarda, sourcillant anxieusement de ses sourcils et se questionnant sur la nature de ce nouveau défi.
- Une partie de Roche-Papier-Ciseaux ? lança-je.
- Parfait, me répondit-il.
J’étais un maître dans ce domaine. Il y a longtemps de cela, quand les popsicle étaient à 25 cennes, j’avais remporté un tournoi de haute envergure dans mon patelin. À Wotton, en Estrie, dès la maternelle, on vous enseignait les astuces de ce jeu. Et ça, c’est à la condition de rencontrer les préalables de la Société du Roche-Papier-Ciseaux de Wotton (SRPCW)(prononcer srrrcccpwwww). Par chance, si vous êtes l’Élu et que vous possédez les dons requis par la SRPCW, l’entraînement du roche-papier-ciseaux constitue alors le début d’une vie nouvelle pour un Wottonnien.
Je serra le poing et réfléchit longuement à ma décision.
“Roche” serait ma réponse.
- Roche-Papier-Ciseaux !!!, nous nous écriâmes en choeur.
Sa main me présenta un V.
La mienne, un poing.
La Roche bat les Ciseaux.
Je le vainquit.
Droit au but, j’hurla à pleins poumons:
- Je veux mon tréma. Et tout de suite. Sinon, mon vocabulaire se détruira dans les trentes prochaines secondes.
Ma menace eût l’effet recherché.
Le livreur hésita. Puis après un long dixième de seconde qui me parût une éternité, il me chuchota:
- Ton tréma est bel et bien en vie. Et il est de retour chez toi, à ton domicile.Il est passé ici, au resto, et s’est confié à moi, en effet et il semblait assommé, perdu et déprimé. Il se sentait oublié parmi ses confrères. Pine, tu dois redonner les lettres de noblesses à ce cher tréma. Chéri-le, cajole-le, utilise-le de façon régulière et lorsqu’il se doit, jouissez ensemble de cette vie virtuelle qui vous unit si bien.
Les larmes de mes yeux se déclarèrent de plus belle.
- Mais, demanda-je en pleurnichant gaiement, comment puis-je le retrouver ?
- Appuie simultanément sur AltCar, Shift et la touche du tréma et presse ensuite la lettre voulue sur ton clavier. Un miracle apparaîtra à ton écran et cette histoire sans queue ni tête se concluera au plus vite. Mais je ne peux t’en dire plus. Dorénavant, seul le courage te permettra d’aller à la rencontre de ton tréma.
Je pleurais de vive joie. De mes joues, un ruisseau de larmes se répandait sur le plancher du resto de chez Lolo.
- Merci, cher livreur démoniaque que je croyais fou, diabolique et cruel et que je m’apprêtais à découper en morceaux sous la force de mon agressivité, m’exclamai-je.
- De rien, man. J’dois y aller. J’dois livrer une autre pizza chez un client qui a perdu son accent circonflexe. Prend soin de ton tréma, man. Et surtout, si on se rencontre de nouveau, fais-moi la faveur d’enlever c’te maudite écriture rouge là quand jparle. Ça fuck les yeux, tsé.
Indifférent, il me tourna le dos et regagna sa voiture à l’extérieur.
Son dernier geste fût de se gratter le derrière en me jetant un clin d’oeil. C’était là un signe d’adieu, j’en suis certain.
Je retourna avec hâte à mon appartement.
Assis devant mon ordinateur, le clavier au dessous de mes dix doigts, j’étais excité et nerveux. Je ressentais une énergie nouvelle se répandre dans mon corps et je sentais que le tréma sentait ce flux positif. Je sentais aussi que le tréma sentait que je sentais ce sentiment nirvanien. Mieux, je sentais que le tréma sentait que je sentais ce que le tréma sentait.
Pourtant, le doute subsistait dans mon esprit.
Si le livreur débile m’avait menti, je pouvais commettre les pires atrocités à son endroit. Et si ces propos s’avéraient faux, ma vengeance serait terrible.Je rappellerais chez Lolo et callerais une pizza à une mauvaise adresse, rien de moins. Cruel comme vengeance mais tellement efficace.
Je vérifia immédiatement la solution qu’il m’avait proposé.
Je tapa d’abord le mot “No”.
No
Puis, moment fatidique.
AltCar-Shift-tréma et le “e”, et finalement, le “l”.
Noël
Mon tréma. Il était là.
Je bondis de joie, riant à tièdes larmes devant la beauté de ces deux petits boules fermes, sensuelles et sexy qui ramenaient les plaisirs exquis de mes sens.
Jouissant de ce bonheur extrême, j’augmenta le haut niveau de mon plaisir en plaçant le tout dernier disque compact que je m’avais procuré dans mon lecteur au laser.
Air Supply, LE groupe de l’heure.
Mes sens au garde-à-vous, j’écouta “Lost in Love”.
Puis, sur les airs mélodieux d’Air Supply, j’assigna le tréma à tous les lettres possibles de mon clavier.
ÿ,ä,ë,ü,ï,ö… Je vivais un bonheur incommensurable.
Excité, mon tréma se trémoussait d’enthousiasme.
Et je vis ce petit air coquin qu’il me faisait jadis.
Je me dois de censurer certains passages indécents car…
Mon tréma et moi.
Nous passâmes une nuit coïtale, merveilleuse.
Une nuit inoubliable.
(EN) FIN
